Les vendanges s’invitent au musée
Les avez-vous aperçues sur le chemin du retour de vos vacances ? Partout dans les vignes, la période est aux vendanges. Après des mois consacrés à la terre et au « travail en vert », le moment est venu de récolter les précieux raisins avant de les laisser fermenter.
Plus qu’un simple labeur annuel, cette tradition emblématique des régions viticoles a inspiré de nombreux artistes au fil des siècles. De la convivialité d’un repas à la représentation d’une saison, découvrons trois œuvres qui mettent en lumière les vendanges sous des angles très différents.
Le repas des vendangeuses, Hammer Museum - licence créative commons CCO.
Pierre-Auguste Renoir — Le repas des vendangeuses, 1888
Renoir était un grand amateur du monde viticole. Ayant lui-même vécu plusieurs décennies dans une région productrice, il déclarait : « Je me plaisais chez les vignerons parce qu’ils sont généreux. » Parmi ses tableaux, nombreuses sont les références au vin et au travail de la vigne.
Dans Le repas des vendangeuses, peint en 1888, Renoir utilise des couleurs lumineuses et des formes fluides, caractéristiques de l’impressionnisme, pour restituer la douceur de l’instant, loin de la rudesse du labeur dans les vignes. Quatre femmes et une fillette s’apprêtent à partager un pique-nique, dans une atmosphère paisible et chaleureuse.
Le peintre accordait en effet une place particulière aux personnages et aux scènes de la vie quotidienne, davantage que nombre de ses contemporains impressionnistes, souvent plus attirés par les paysages. Parmi les travailleuses représentées, celle qui porte encore sa hotte est Aline Charigot, l’épouse et la muse de Renoir.
Joaquín Sorolla — Vendanges, Jerez, 1914
Pour rester dans cet univers lumineux, penchons-nous à présent sur une œuvre de Joaquín Sorolla, intitulée Vendimiando. En 1911, le peintre reçoit la commande la plus importante de sa carrière : Vision d’Espagne, une série de quatorze toiles destinées à orner les murs de la bibliothèque de la Hispanic Society of America, à New York.
Sorolla entreprend alors un long voyage à travers son pays afin d’en saisir l’essence et de représenter la diversité de ses régions. Pour évoquer le travail de la vigne, il pose notamment son chevalet à Jerez de la Frontera, en Andalousie. Il réalise alors plusieurs études préparatoires, dont Vendimiando. Même si le peintre choisit finalement de ne pas poursuivre cette piste pour l'œuvre monumentale, ce tableau est aujourd’hui exposé au musée.
Dans cette scène, deux femmes souriantes transportent leur hotte au milieu des vignes. L’influence impressionniste, qui a marqué l’œuvre de Sorolla, se retrouve dans la douceur des lignes, le jeu de lumière et la spontanéité du mouvement. Pour le peintre, les vendanges ne se résument pas à une activité agricole : elles participent pleinement à l’identité et au patrimoine du pays.
Goya, La vendimia ou El otoño - Museo del Prado, licence créative commons CCO
Des vendanges qui changent de saison
Cette dernière œuvre nous permet de mesurer combien notre rapport aux vendanges a évolué. Aujourd’hui, de nombreuses récoltes commencent dès le mois d’août et sont parfois terminées avant même l’arrivée officielle de l’automne. Le réchauffement climatique modifie en effet le calendrier viticole, avec des vendanges de plus en plus précoces.
Les incendies qui ont marqué cet été ont également durement touché certains vignobles, donnant à cette période traditionnellement associée à la convivialité et à la fête une réalité bien différente. Nos pensées vont aux viticulteurs qui affrontent ces bouleversements année après année.
Comme nous l’avons vu à travers ces trois œuvres, les vendanges évoquent une tradition à la fois conviviale et joyeuse. Au-delà du travail de la vigne, elles font partie intégrante de l’identité des pays producteurs de vin et ont longtemps marqué l’entrée dans une nouvelle saison. De Renoir à Sorolla en passant par Goya, les artistes nous offrent ainsi différentes visions de ce moment particulier. Bien plus qu’une récolte, les vendanges racontent une histoire de culture, de terroir et de transmission.
Cet article a été rédigé pour l’association The Artiste par Lara Courtine.